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Nouvelle star : les voluptés de l’humiliation

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Modérateur de choc
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Nouvelle star : les voluptés de l’humiliation

On peut entendre ces jours-ci sur les radios commerciales des annonces promotionnelles pour l’émission "Nouvelle star" programmée sur M6 à compter de ce mercredi soir. Il s’agit d’extraits de la présentation que l’on peut visionner sur le site de l’émission; ou encore, comme l’annonce le titre de la page (nouvellestar2006teaser), d’un teaser, c’est-à-dire d’un objet qui a pour fin de susciter la curiosité et l’excitation du téléspectateur et de l’auditeur.

Mais sur quels ressorts la promotion de l’émission joue-t-elle?


Pour en juger, il n’est que d’entendre ce message, que nous avons hésité à reproduire pour des raisons de droits; on ne peut que conseiller aux bons lecteurs de consulter le trailer mis en ligne. On peut y entendre les morceaux soigneusement choisis qui suivent:

"- Y’a un truc c’est incroyable, j’ai jamais entendu quelque chose d’aussi laid de ma vie. (bruit de soufflet)

T’es ringarde ma fille, t’es carrément ringarde. (bruit de soufflet)

Vous avez un gros défaut technique, vous avez un vibrato de chèvre. (bruit de soufflet)

Juste après la télé; c’est comment? C’est par là, dehors. (bruit de soufflet)"

L’annonce radiophonique s’achève sur ce commentaire: "Cette année, le jury est encore plus exigeant".


Nul n’en doute. L’excellence et la rigueur de l’interprétation artistique doivent faire l’objet de l’attention des téléspectateurs. Le pot-pourri des appréciations du jury, cependant, ainsi que les bruits (je l’espère) fictifs de claques - dans la version radiophonique, traduisent bien davantage l’administration d’une humiliation.

"- Et vous vous en étonnez?", m’interrogeront les contempteurs des émissions de télé-réalité.

Oui, leur répondrai-je, car s’il advient que les émissions de ce genre - et d’autres, même - mettent en scène "l’humiliation" de leurs participants, il est bien plus rare - ou moins affiché - que cette humiliation subreptice constitue la gourmandise offerte pour aguicher le téléspectateur. Le contenu du message promotionnel n’est guère subliminal: "Ils vont se faire humilier! Venez-y voir". L’ajout de bruits de soufflets - qui n’existent pas dans le trailer du site de l’émission - insiste sur la violence du traitement infligé aux participants; même si cette violence est, en pratique, verbale.

On s’interroge, cependant.

Que violence et humiliation forment la matière de beaucoup d’émissions de télévision, et en particulier d’émissions de télé-réalité, ne constitue certainement pas une nouvelle. Mais la mise en oeuvre en était traditionnellement discrète et vaguement honteuse; elle empruntait les détours d’une magnification de l’intimité, et ne s’imposait pas comme un argument de promotion.

L’humiliation infligée aux participants procédait, nous semble-t-il, d’une forme de transgression susceptible d’être mise à distance par le téléspectateur. Peut-être en va-t-il différemment désormais. Certes, la publicité commerciale emprunte souvent au mode de la transgression. Celle-ci, cependant, doit être légère et ne pas atteindre à la convention implicite qui unit l’émetteur du message et son récepteur.

Or, il est possible, me semble-t-il, d’établir une distinction entre cette violence qui ressort d’une transgression affadie, et l’intégration de cette violence dans le champ du discours assumé - fût-il allusif; ce qui la fait du reste échapper au mode de la transgression. Il est bien rare que la publicité commerciale place le consommateur dans une position d’inconfort moral. Bien plus souvent, il s’agit de lui renvoyer une image valorisante. Si l’hypothèse est exacte, cela signifie que l’humiliation d’autrui, étrangement, fait désormais partie des choses dont on peut jouir sans honte - voire avec fierté.

On s’interroge encore.

Dans L’inestimable objet de la transmission, Pierre Legendre s’intéressait à la mécanique du pouvoir. Il expose en particulier que l’un des objectifs du pouvoir - sinon le principal - consiste à se faire aimer. C’est que les gouvernés ne détestent pas obéir. Il y a un plaisir né de la soumission qui fait miroir au plaisir de la domination. Ou encore, comme le suggère Jean Carbonnier dans son Essai sur les lois, il y a une volonté d’obéir comme de commander aux lois - ce qui n’est pas la même chose que la volonté de commander aux hommes, convenons-en. Double volupté, donc, de subir la domination comme de l’exercer.

L’exercice du pouvoir, il est vrai, ne s’accompagne pas nécessairement d’humiliation. L’humiliation porte atteinte à l’estime de soi quand la domination ne soumet que la liberté d’autrui. Et si l’exercice d’un pouvoir peut s’accompagner d’humiliation, elle ne l’implique pas nécessairement.

Mais il y a quelque chose de très ambigu, pour le téléspectateur, à satisfaire à cette invitation qui lui est faite de s’identifier, non pas au juge seulement, mais encore au candidat; ce même candidat auquel est promise l’humiliation. Aussi bien peut-on faire l’hypothèse qu’il existe une volupté d’humilier et une volonté de subir l’humiliation. Sadisme et masochisme du téléspectateur?

Peut-être, mais il est de bonne politique que ces jouissances demeurent inconscientes. Il y a beaucoup à craindre d’une société dans laquelle de tels appétits circulent librement dans les âmes et consciences.

source : agoravox

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