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Analyse - Le monde entier est un jury

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Modérateur de choc
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Analyse - Le monde entier est un jury


Le jury d'"American Idol" : Randy Jackson, Paula Abdul, Simon Cowell.

Le concept musical anglais “Pop idol” est un succès planétaire. Efficace, il repose sur l’humour, l’émotion, et le culte du vote populaire. Sa version française, “Nouvelle star”, revient sur M6.
Son nom ne vous dit sans doute pas grand-chose, et pourtant Taylor Hicks tient le haut de l’affiche. A 30 ans, ce grand gaillard made in Alabama a fait chavirer l’Amérique avec sa voix rocailleuse et sa bouille joufflue. Taylor n’a pourtant pas un physique de play-boy. Il n’empêche, tout le monde ou presque a fini par trouver « cool » ses cheveux grisonnants et ses vestes aux couleurs pétantes. Même George W. Bush : le président en personne a reçu ce sympathique soul man blanc à la Maison-Blanche. Honneur qui convient assez bien, finalement, à une « American idol », du nom de l’émission qui a propulsé notre inconnu au sommet de la gloire. Son concept, on le connaît par cœur grâce à Nouvelle star, sur M6, sa déclinaison française : des auditions d’apprentis chanteurs à la chaîne, une sélection redoutable menée par un jury de « professionnels » et un grand show en direct où les prestations des meilleurs sont soumis aux votes (en appel surtaxé) des téléspectateurs. Cette recette simple et efficace, c’est celle du format britannique Pop idol, produit par Fremantle (du groupe de médias Bertelsmann), et dont American idol et Nouvelle star sont les adaptions les plus pérennes. Programmé pour la première fois outre-Manche en 2001, adapté depuis dans plus de trente pays et diffusé dans plus de cent, Pop idol a fait entrer la chasse aux nouveaux talents dans l’ère de la mondialisation.

Aux Etats-Unis, American idol est devenu une institution. Rien ne lui résiste : pas même les séries les plus populaires du moment. Des Experts à Desperate Housewives, toutes sont écrasées par ses audiences records. L’année dernière, la grande finale a été suivie par 36 millions d’Américains. Le gagnant – ce cher Taylor Hicks – a recueilli 63 millions de voix, c’est-à-dire plus que George W. Bush lors de sa réélection en 2004 (le téléspectateur peut voter plusieurs fois...) ! Les poulains sortis de l’émission depuis son lancement aux Etats-Unis ont vendu, au total, plus de 33 millions de disques : l’industrie musicale, qui avait bien besoin d’un coup de fouet, leur dit merci. American idol, c’est aussi et surtout une énorme manne publicitaire. Les jurés de l’émission sont priés – par contrat – de s’abreuver devant les caméras de Coca-Cola, le sponsor principal de l’émission, et Ford offre des voitures aux finalistes. Chaque nouvelle saison est presque aussi attendue que le Super Bowl. Pas étonnant finalement que Pop idol vire au phénomène de société aux Etats-Unis : il vend du concentré de rêve américain comme on n’en voit même plus au cinéma. Un inconnu parti de rien atteint la gloire à la seule force de son talent et de son charisme, sous l’œil de ses compatriotes, éblouis. Sortez les mouchoirs.

Depuis sa création, Pop idol dépasse le cadre du banal télé-crochet. Il a intégré l’art de générer l’événement, de pimenter le déjà-vu, d’introduire le grain de sable dans sa propre mécanique. L’ingrédient de base : le jury, la vraie star de l’émission. Il est lui aussi savamment sélectionné, testé, calibré. Rembarrer des starlettes à l’ego hypertrophié, des divas à voix de crécelle, ironiser sur des rigolos venus chercher leur minute de gloire télévisuelle, mais aussi s’incliner devant l’évidence d’un talent, ça ne s’improvise pas. C’est un boulot. Mieux il est fait, plus l’audience grimpe. Une dose d’humour et/ou un soupçon de contestation ne gâchent rien, comme le prouvent chez nous les coups de gueule de Marianne James ou de Manu Katché. A Hollywood, on frappe plus fort. Car en exportant son format aux Etats-Unis, Fremantle a eu l’excellente idée d’y joindre une arme secrète, le producteur anglais Simon Cowell, le bourreau des casseroles, auteur du raffiné : « Si tu avais chanté comme cela il y a deux mille ans, les gens t’auraient lapidé ! » Ses sentences commençant en général par « Je ne voudrais pas être impoli… » ont leurs inconditionnels mais aussi leurs détracteurs. La sixième saison commence à peine que la polémique fait déjà rage outre-Atlantique. « Je ne pense pas que l’Amérique aime regarder des gens se faire humilier », fustige un critique de The View. Qui se trompe sans doute…

Loin d’enrayer la machine à faire rêver, le parfum de scandale qui entoure Pop idol en renouvelle sans cesse l’intérêt. En 2004, Paula Abdul, son unique jurée féminine, a été soupçonnée d’entretenir une relation avec un jeune candidat. Le passé trouble de certains apprentis chanteurs accusés de détention de drogue ou de violence fait les choux gras de la presse people. Le succès se nourrit d’histoires glauques et de rumeurs croustillantes. Si quelqu’un l’a parfaitement compris, c’est Simon Fuller, l’homme de l’ombre, le grand manitou de la planète Pop idol. Discret, ce vieux loup de la pop music britannique n’en est pas à son premier coup d’éclat : la déferlante Spice Girls, c’était déjà lui ! C’est en fabriquant des groupes sur mesure par le biais de castings géants que l’idée de Pop idol a germé. Il suffit de filmer les auditions, de saupoudrer le tout de paillettes, de laisser parler l’émotion et le tour est joué.

Avec son navire amiral américain, Pop idol est parti à la conquête du monde. Latin american idol, qui entre dans sa deuxième saison, couvre le Venezuela, le Mexique, la Colombie et l’Argentine. L’adaptation en langue arabe, baptisée Superstar, est diffusée par satellite dans les pays du Maghreb, en Jordanie, en Syrie, en Palestine et aux Emirats arabes unis. Plusieurs voix l’ont d’ailleurs dénoncée comme une « offensive » de la culture yankee dans le monde arabe. C’est de loin, on l’imagine aisément, la version la plus exposée aux hautes tensions. Les vocalises s’y accompagnent souvent de résonances politiques. En 2003, l’élimination du candidat libanais a déclenché des manifestations dans les rues de Beyrouth. Des fans accusaient la Syrie de « contrôler » Superstar. L’année suivante, le candidat palestinien a choqué en interprétant un chant contre l’occupation israélienne.

Autant de polémiques qui ne freinent pas l’irrésistible expansion de Pop idol, qui vise désormais les pays émergents. Le Vietnam vient de faire son entrée dans ce club de moins en moins fermé. La Chine figure aussi parmi les objectifs des producteurs... L’Afrique, elle aussi, cherche son idole. Des présélections ont déjà commencé au Nigeria et la première édition de Idols West Africa sera à l’antenne dans dix-sept pays dès cette année. Certains observateurs aventureux prétendent même que Pop idol, et son culte du vote populaire, contribuerait à la promotion de la démocratie dans le monde. Rien que ça.

Isabelle Poitte - Télérama n° 2980 - 24 Février 2007
A VOIR
Nouvelle star, mercredi 28 février à 20h50, M6.


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